Extinction des espèces, pourquoi, quelles solutions ?
La disparition d’espèces fait partie de l’évolution, c’est une conséquence de la sélection naturelle sans pour autant être un préjudice à la biodiversité : sans la disparition des dinosaures, le cours de l’évolution des mammifères aurait été fort différent... et ce ne serait peut-être pas l’Homme qui dominerait le globe aujourd’hui. Des centaines de millions d’espèces animales qui ont vécu sur Terre ces derniers 600 millions d’années, seulement 0,1% existent encore aujourd’hui ! Les raisons de la disparition d’une espèce peuvent être multiples et variées : chasse ou prédation, modification des conditions de milieu, concurrence d’autres espèces mieux adaptées...
Il s’est déjà produit selon les paléontologues cinq phases d’extinction massive d’espèces. Ces grandes crises ont des origines aujourd’hui encore en grande partie inconnues : conjonctions de causes diverses (activité volcanique, chute de météorite, changement climatique, modification de l’oxygénation ou de la salinité des océans, modification de l’atmosphère, dérive des continents, inversion du champ magnétique terrestre...) provoquant des bouleversements dans les conditions de milieu, auxquels certaines espèces n’ont pas le temps de s’adapter.
| Période | Date (millions d’années) | Durée (millions d’années) | Principales espèces disparues | Proportion d’espèces disparues |
| fin de l’ordovicien | - 440 | 0,5 | animaux et végétaux, surtout marins | 60% |
| fin du dévonien | - 365 | 7 | poissons, algues | 60% |
| fin du permien | - 250 | 1 | reptiles, amphibiens, insectes | 90% |
| fin du trias | - 145 | 0,1 à 5 | reptiles, gastéropodes et bivalves | 20% |
| fin du crétacé | - 65 | 5 à 10 | dinosaures, reptiles, fougères géantes, ammonites | 50% |
Elles sont suivies par des périodes d’accroissement du nombre des espèces : adaptation des survivants aux nouvelles conditions et apparition de nouvelles espèces.
La sixième crise biologique
Des scientifiques estiment que nous vivons actuellement une nouvelle crise biologique, au vu du nombre d’espèces aujourd’hui menacées. Mais cette crise est surprenante par sa cause, unique, l’activité humaine, ainsi que par la rapidité du phénomène : le rythme de disparition des espèces est 100 à 1 000 fois plus élevé que le rythme naturel.
La liste rouge des espèces en danger d’extinction dévoile des chiffres effrayants : en 2004, un oiseau sur huit, un mammifère sur quatre, un amphibien sur trois, trois insectes sur quatre ou huit crustacés sur dix sont menacés de disparition. je ne vous parle même pas des espèces en voie d'extinction pour lesquelles les biologistes prévoient de congeler l'ADN pour garder une trace de l'espèce ! 15 503 espèces sont en voie d’extinction sur notre planète, et que ce chiffre est en constante augmentation : elles étaient 10 533 en 1998... Et ces chiffres ne concernent que les espèces connues : on estime que ce sont dans l’ensemble 50 à 100 000 espèces qui disparaissent chaque année. Des scientifiques estiment ainsi très sérieusement que de 15 à 50 % des espèces animales et végétales pourraient avoir disparu de la surface de la Terre d’ici cinquante ans.
Les zones les plus exposées à ces disparitions sont situées dans les régions équatoriales. L’Equateur abrite 2151 espèces menacées alors que le Canada en compte 74. En Europe, ce sont également les pays les plus méridionaux qui sont les plus touchés par le phénomène : l’Espagne avec 153 espèces menacées, le Portugal avec 148, la France avec 120, et l’Italie qui en compte 114.
Loin de s’expliquer uniquement par des causes naturelles, la crise est cette fois principalement due à l’activité humaine :
- la destruction de la forêt équatoriale, qui abrite plus de la moitié des espèces de la biosphère, celles-ci étant souvent de plus endémiques
- l’urbanisation a un effet direct de destruction de milieux, et des espèces qui les occupent
- l’agriculture intensive a des effets dévastateurs sur la biodiversité, quand sur des centaines d’hectares insectes et « mauvaises herbes » sont systématiquement détruits pour laisser la place à une seule variété de céréales
- la pollution notamment sur les milieux marins
- la chasse peut également entraîner la disparition d’espèces
- le changement climatique entraîne des modifications des milieux, et la disparition des espèces incapables de s’adapter
- des accidents un peu ridicules comme celui des explorateurs qui lâchèrent inconsciemment un couple de lapins sur une île où ils se multiplièrent et la qui se transforma rapidement en désert, grignotant au passage toutes ses espèces endémiques.
Elle réduit d’abord la biodiversité, c’est à dire la richesse du patrimoine naturel. Les disparitions d’espèces peuvent être bénéfiques à la biodiversité, en donnant leur chance à d’autres formes de vie, toutefois dix millions d’années sont en moyenne nécessaires pour compenser les effets d’une crise. C’est beaucoup trop pour que l’Homme puisse espérer tirer des bénéfices de la crise actuelle. Or nous ne savons pas de quelles espèces nous aurons besoin à l’avenir pour nos recherches agronomiques, médicales...
Le fonctionnement même des écosystèmes est menacé, il en résulte des équilibres fragiles : la disparition d’une espèce, même modeste peut condamner toutes celles qui dépendent d’elle, prédateurs qui n’auront plus rien à manger, parasites qui disparaîtront avec leur hôte, plantes qui dépendent d’elle pour leur propagation... Ce phénomène est appelé co-extinction : un effet boule de neige incontrôlable. Or, si nous avons l’impression pour nombre d’entre nous de vivre dans un environnement entièrement artificiel, nous avons encore besoin de la nature, qui assure une série de services indispensables à notre survie : régulation des climats, épuration de l’air, production d’eau potable et approvisionnement des nappes phréatiques, décomposition et recyclage des déchets formant les sols arables, contrôle des parasites, virus et autres maladies...
Pour ces raisons, la disparition accélérée d’espèces sauvages a des répercussions sur la survie de l’homme lui-même.
L’Homme : une espèce en voie de disparition ?
Homo sapiens n’est évidemment aujourd’hui aucunement en risque d’extinction. Nous n’avons jamais été si nombreux sur Terre, et même si la majorité d’entre nous vit dans de très mauvaises conditions, les démographes s’accordent à dire que les Hommes continueront à se multiplier dans les prochaines décennies. Cependant, des signes inquiétants s’accumulent... L’espérance de vie, qui grâce aux progrès de la médecine augmentait globalement, a baissé entre 1975 et 1995 dans 16 pays comptant au total 300 millions d’habitants. La mondialisation permet la diffusion à très grande échelle de poisons mortifères, comme les pesticides, aux effets souvent découverts après leur mise en oeuvre. Les effets à moyen terme des rayonnements électromagnétiques ou des OGM ne sont absolument pas connus, alors même que tout le monde ou presque a déjà un téléphone portable et que les grandes firmes de l’agro-alimentaire peuvent vendre au même moment la même variété de maïs transgénique sur tous les continents...
Comment réussirons nous à survivre dans un monde où nos plus proches cousins dans le monde animal, les grands primates, sont sérieusement menacés à moyen terme ? Que faire ?
Chacun de nous peut malgré tout s’efforcer de faire des efforts au quotidien. La liste est loin d’être exhaustive...
| Cause | Solutions globales | Actions individuelles |
| agriculture intensive | favoriser une agriculture biologique plus respectueuse des milieux | consommer des produits locaux et de saison, issus de l’agriculture biologique, ou cultiver soi-même ses légumes ! |
| destruction des forêts équatoriales | stopper la déforestation | boycotter les bois exotiques |
| réchauffement climatique | limiter les émissions de gaz à effet de serre | limiter sa consommation d’énergies fossiles |
| pollution | réglementer l’usage des polluants | boycotter les sacs plastiques, préférer des produits non polluants pour nettoyer sa maison, laver son linge... |
| chasse | réglementation et contrôle de la chasse, mise en place de réserves | ne pas consommer d’espèces en voie de disparition, ne pas laisser la nature aux chasseurs ! |
De manière générale, l’humanité devrait comprendre qu’elle a encore besoin de la nature, et devrait s’efforcer d’en comprendre les fonctionnements, la gérer et non pas l’exploiter sans vision à long terme. Le chemin sera difficile, à nous de former nos enfants à cette réalité !